
Dernier exploit et pas des moindres: relier Ankara à Paris en auto-stop. On rappelle la règle: aucun transport payé, sauf les métros et bus en centre ville. En tout, ils nous aura fallu pas moins de 29 véhicules et 30 chauffeurs pour parcourir 3380 kilomètres en 10 jours, en traversant 7 pays. Nous partîmes d’Ankara le 2 Février, avec pour objectif (secret) de rallier Paris le 12 au maximum, afin de faire la surprise à tout le monde. Officiellement nous avons prévu plus de temps pour traverser l’Europe, mais la perspective d’une grande fête avec les familles et les copains nous a fait changer un peu nos plans. L’auto-stop à deux mecs, ça n’a rien de facile, car il faut de la place, et beaucoup de conducteurs rechignent à prendre des autostoppeurs, car « on sait jamais avec toutes ces histoires que l’on entend… » Heureusement nous avions avec nous les ingrédients clés de l’auto-stop reussi:
- une superbe ardoise d’écolier achetée à Ankara, avec un coté noir et un coté blanc, parfait pour écrire nos destinations, mais aussi de petits messages aguicheurs.
- Nos bérets de frenchies, avec le drapeau prêt dans la poche en cas d’extrême urgence (car effectivement les français sont encore appréciés à l’étranger)
- Nos gueules de minets, avec sourire aquafresh et petite raie sur le coté (pour Bertrand, moi je cachait mes cheveux longs sous le béret)
- Pleins d’histoires à raconter à nos chauffeurs
- Beaucoup de persévérance, car parfois ça peut durer des heures sans bouger dans le froid ou sous la pluie
- Et enfin de la chance, comme souvent lors de notre voyage
Voici le récit détaillé de notre dernière aventure, sans doute l’une des plus difficiles mais aussi l’une des plus riches de surprises et de rencontres…
Mercredi 2 Février : Ankara – Banlieue d’Istanbul, 400km

Il est 8 heures du matin, Jacky, notre hôte à Ankara, nous dépose sur la route d’Istanbul, après nous avoir offert le petit déjeuner… Les débuts sont difficiles: il fait moins cinq degrés, et notre technique n’est pas encore vraiment au point. Après presque une heure le long de la quatre voie, nous tentons les stations services. Un monsieur nous paye des croissants, un autre nous explique les plaques d’immatriculations, pour mieux cibler les voitures, mais finalement nous sommes virés par le gérant de la station qui en a marre de nous voir traîner et importuner ses clients. On se remet alors en route, jusqu’à la prochaine station, qui s’avère totalement vide, alors on pousse jusqu’à la sortie suivante. IL est plus de midi quand nous arrivons enfin au prochain carrefour, et l’on se poste à l’entrée de l’autoroute cette fois, en espérant un peu plus de voiture vers Istanbul. Nous avons déja attendus plus de quatre heure, marché cinq ou six kilomètres avec les sacs, et on commence à se dire qu’on a peut-être fait une connerie, que le stop ça marche pas en Turquie. Bertrand commence une sieste contre un feu rouge, quand à moi je ne perd pas espoir… Même si ça ne marche pas, certains nous sourient, les camionneurs nous font des signes ou klaxonnent… bref ça va bien finir par s’arrêter.

Et puis soudain un camion me passe devant et s’arrête trente mètres plus loin, le chauffeur descend et me fait des grands signes. J’arrive en courant, je n’y crois pas, et puis c’est bien bien ça, il me propose de monter. Je lui dis que nous sommes deux, mais pas de problème, on va se serrer. Je cours réveiller Bertrand, qui émerge difficilement, et nous grimpons dans le semi-remorque, on ne sait pas trop vers où, mais nous voila partis, c’est le principal. A bord, Kadir nous offre une bière, nous raconte sa vie, on lui raconte notre voyage, bien calés au chaud, et l’on voit l’Anatolie sous la neige défiler devant nous. Bien sûr on se rappelle de notre départ à bord du semi-remorque de Fred, un an et demi plus tôt, et on se dit qu’on en a fait des choses entre temps… On ne comprends pas trop son itinéraire, mais il va à Bolu, puis vers Istanbul, alors on ne pose pas trop de questions.

Puis il nous explique qu’il doit s’arrêter dans une usine de poulets, afin de charger. Nous y arrivons un peu avant la nuit, et nous assistons au nettoyage de la benne, avant de nous faire offrir un repas chaud dans la cantine de l’usine, au milieu des chauffeurs, qui se demandent ce que l’on fout là. Après des heures d’attentes, à se demander si on repart avec lui ou un autre camion, Kadir nous fait signe, et nous sommes repartis. Il est une heure du matin, et je m’installe sur la banquette pour dormir, et bon sang qu’on est bien, après une telle journée!
Jeudi 3 Février: Istanbul, 50km
Il est quatre heure du matin quand Kadir nous laisse sur une aire d’autoroute, cinquante kilomètres avant Istanbul, car il s’arrête à la prochaine sortie pour décharger. Heureusement il y a un restaurant ouvert toute la nuit, qui nous permet de passer la nuit au chaud. Après deux heures à somnoler sur les banquettes, on voit les gens commencer à arriver, et on ressort l’ardoise magique, on demande à droite à gauche. Finalement c’est un bus touristique qui nous prend, car des passagers sont déja descendus. C’est un bus de nuit comme on en a tant pris, on se demande alors s’il va nous faire payer, mais non. On a même droit à un café chaud. Et arrivés à la gare routière, un peu loin du centre, on apprend qu’une navette gratuite part pour Taksim, le centre d’Istanbul. Avant dix heures, nous voilà arrivés à la première étape, avec toute la journée pour visiter. On se fait la mosquée bleue, Ayasofia, un peu de shopping au Grand Bazar, un petit tour vers la tour Galata, un bon kebab, un narguilé , bref tous les classiques en une petite journée (voir l’album Turquie).
Vendredi 4 Février: Istanbul- Sofia (Bulgarie), 580km
Après la sortie difficile d’Ankara, nous ne voulons plus faire la même erreur, alors nous étudions longuement google map avant de partir de notre hotel, afin de choisir le meilleur endroit, c’est à dire celui maximisant » nombre de véhicules x probabilité que la voiture va dans la bonne direction ». Coup de bol, à pied on peut rejoindre le tout début de l’autoroute en plein centre d’Istanbul. Après une bonne demi-heure de marche, on se met donc en place, et le poisson ne tarde pas à mordre: cette fois c’est un utilitaire qui nous sort de la ville… mais il nous dépose en plein sur l’autoroute quelques kilomètres plus loin, en plein milieu d’une séparation, le truc impensable en France. Qu’à cela ne tienne, après l’avoir remercié de ce super lift, nous longeons et traversons plusieurs bretelles, pour finalement arriver directement au péage. Nous ne sommes pas les seuls à avoir eu la même idée, mais les autres n’ont pas l’ardoise magique héhé.
Après seulement 10 minutes d’attente, une mercedes s’arrête, avec à bord Peter le Bulgare et Natacha sa copine Russe, qui vont justement en Bulgarie. Gros coup de chance, et c’est parti pour plusieurs heures à plus de 150km/h de moyenne, avec au passage une petite larme lors de notre entrée en Union Européenne. Ils nous laissent à la nuit, en pleine campagne Bulgare, car eux s’arrêtent bientôt et nous voulons continuer jusqu’à Sofia. Le problème c’est que le stop c’est déjà difficile le jour, mais la nuit ça devient carrément impossible. Nous sommes frigorifiés, affamés, il n’y a rien autour de nous, pas même une lumière, alors nous sortons nos frontales et le drapeau français pour essayer de nous faire remarquer.

L'auto-stop c'est pas toujours drôle...
Après une bonne heure d’attente dans le froid, une voiture s’arrête enfin. C’est George, consultant en marketing, qui rentre chez lui à Sofia, et nous voilà partis avec lui pour deux cent kilomètres. On discute pas mal, on parle du voyage, de son boulot, de l’économie Bulgare, et puis George, très gentiment, nous propose de nous aider à trouver un hôtel où dormir. Il appelle son fils, lui fait réserver, puis nous dépose directement devant l’hôtel, un genre Formule1. On décharge, on dit au revoir à George, on le remercie, puis nous retournons vers la réception. « Combien on vous doit pour la nuit? » « - Rien, votre ami a payé ». Le George, ce coquin, avait payé en douce pendant qu’on sortait nos sacs de la voiture! On profite alors de notre chambre, un peu bouleversés par tant de gentillesse. George, on t’oubliera pas c’est sûr, si tu lis ces lignes un jour tu es le bienvenu en France, en Suisse ou à Hong Kong!

George et son Berlingo
Samedi 5 Février: Sofia- Pirot (Serbie), 90km
La pire journée… à Sofia, on n’arrive pas à sortir de la ville, alors on finit par prendre un bus, qui nous amène sur la route de Belgrade. Là encore, au moins une heure d’attente avant que Valentin nous prenne dans son van VW. Mais il ne va que jusqu’à la frontière Serbe. Nous la franchissons à pied, avec au passage le dernier tampon sur notre passeport. Après la frontière, un autre conducteur nous prend assez vite, on se dit qu’ils sont sympa ces serbes… Et puis il nous laisse un peu avant Pirot, là première ville, à 10 kilomètres de la frontière. Il nous propose de boire un verre chez lui, mais on refuse en nous disant qu’il faut qu’on trace… mal nous en prit! Nous voilà sur une route de campagne, au fin fond de la Serbie, et les seules voitures qui passent sont Bulgares et surchargées. En plus nous sommes du mauvais côté du village, bref aucune voiture pour Belgrade. C’est joli la campagne Serbe sous la neige, mais après au moins 8 kilomètres à marcher avec 25 kilos sur le dos c’est franchement déprimant!

Au fin fond de la Serbie
On finit par s’arrêter un peu dans une station service, mais personne ne s’y arrête, c’est la loose, la vraie. Nous voilà coincés pour de bon, alors on finit par se résigner, en se disant que cette journée n’était pas la bonne, et on marche jusqu’au centre ville, on prend une chambre dans le meilleur hôtel, et on se pose devant France -Ecosse sur Internet, pour finir la journée sur une bonne note.
Dimanche 6 / Lundi 7 Février: Pirot-Vienne: 925km
Revigorés par une bonne nuit de sommeil, nous partons de notre hôtel au petit matin, et on trouve vite une voiture à la sortie du village. C’est une Zastava, une marque Serbe aujourd’hui filliale de Fiat. Mais le chaufeur ne va pas loin, seulement à un village un peu plus loin sur la route. Il nous laisse sur un genre d’aire de repos, avec un café restaurant pour les routiers, notamment pas mal de turcs. On essaie de leur sortir trois mots, techekur ederim, mais sans succès. Finalement c’est un jeune Serbe qui nous prend en mazda, et il est en route pour Belgrade! Ça y est la chance est de retour!
A Belgrade, on ne prend même pas le temps d’aller visiter la ville, qui est la plus belle du monde selon notre chauffeur, mais qui depuis le Périph donne pas vraiment envie… Ce sera pour la prochaine fois, car si on veut sécuriser l’arrivée à Paris le 12 on a pas le temps de traîner après avoir perdu un jour en Serbie. On se poste donc dans une station service, sûrs de nous. On voit passer énormément de voitures, même des italiens et des Français, on se prend même à rêver d’un lift direct vers Zagreb ou l’Italie. Et puis, un peu frigorifiés, nous nous mettons à l’abri, et on tente la méthode » linguistique »: écrire quelques mots en Serbe sur notre ardoise magique pour appâter les clients de la station… Le serveur du bar me donne un sacré coup de main, et alors que je suis en train de recopier soigneusement ce qu’il vient d’écrire sur un brouillon, un type s’approche vers moi, lit le papier et me dit: « si vous voulez on va à Vienne, on peut vous prendre avec nous » Vienne??? c’est à plus de 600 kilomètres! On saute sur l’occasion bien sûr, même si ça nous fait changer du trajet prévu (par Zagreb puis Ljubjana). Ce sont deux frangins serbes qui sont mécanos en Autriche et qui rentrent tous les week end en Serbie. Ils se relaient au volant, et après quelques récits de voyage, on s’endort tous les deux en s’excusant un peu, mais la journée a été très, très longue encore…

A la frontière Autrichienne
On se dit au revoir vers 4 heures du matin dans une station Total (c’est sans doute pas un hasard), et une fois de plus nous tentons de squatter les banquettes. « Nicht Schlaffen!! » Ahhh mince, l’équipe du matin a débarqué, ils aiment pas trop nos têtes apparemment, surtout que nous ne sommes pas les meilleurs clients… Il est 6 heures et quelques, on a dormi un peu au moins… On trouve assez vite une voiture pour Vienne, qui n’est qu’à quarante kilomètres de là. Et après avoir trouvé une auberge de jeunesse, fait une petite sieste, nous voilà partis visiter la ville. Le temps est superbe, nous dégustons quelques bières sur les places, on fait les magasins à la recherche d’un drapeau autrichien à coudre sur nos sacs, et nous sommes détendus, car après une telle nuit le pari est presque gagné, il nous reste cinq jours pour rallier Paris…
Mardi 8 Février: Vienne -Salzburg, 315km
La pression est retombée, alors on profite un peu plus longtemps de nos lits. On se lance vers midi, en direction de l’autoroute. Une fois encore le plus dur est de sortir de la ville. Après plus d’une heure au bord d’un rond-point, on finit par apprendre qu’on s’est trompé d’autoroute, personne ne va à Salzburg. On reprend alors le métro, et on va se poser au bord de la route à la sortie de la ville. Ça mord en moins d’une demi-heure, c’est un étudiant en Volvo qui se rend à Linz, un peu plus à mi-chemin. Il nous laisse sur une aire d’autoroute. On y attend pas mal, au passage on se fait presque prendre par des flics qui passaient par là, mais qui malheureusement restent sur place. Ça c’aurait été fort! Finalement c’est Julia qui nous prend, en nous disant qu’elle ne prend jamais d’auto-stoppeurs mais qu’on avait l’air sympa! Elle nous laisse sur une autre aire de repos, à Mondsee. Il reste peu de chemin mais la nuit tombe, ça sent pas bon…

La technique ultime!
Quelques voitures passent, mais ça ne donne rien, alors pour passer le temps on se lance dans un bonhomme de neige. Nous sommes à présent trois à faire du stop, et la technique marche du tonnerre. C’est Sacha qui s’arrête bientôt, et ça va même plus loin… on raconte un peu notre trip, on lui dit qu’on fait du couchsurfing, il passe alors un coup de fil à sa copine Claudia, qui fait aussi partie du réseau, et ils proposent de nous accueillir pour la nuit! On se charge alors des courses et du dîner, et une heure après nous voilà tous les quatre à déguster un bon verre de vin ensemble. Voilà la magie du stop!

Mercredi 9 Février: Salzburg – München, 150km
Sur les conseils de Claudia, qui nous dépose en ville, nous visitons la ville de Mozart de bon matin. On dépose les sacs dans une boulangerie, et on part à travers les ruelles, puis en haut de la colline pour avoir le panorama. Il a neigé récemment et le spectacle est superbe. On passe devant la maison natale de Mozart, puis après avoir récupéré les sacs et s’être fait offrir (une fois encore!) des croissants par la boulangère, nous nous mettons en route. L’Allemagne n’est pas loin, mais la route est un peu compliquée. Surtout on se fait prendre assez rapidement, par une autrichienne, puis par un Bavarois juste après la frontière. Mais le stop étant interdit sur les autoroutes en Allemagne, il nous dépose dans un petit village sur une nationale , et l’on est complètement paumés! Heureusement un troisième chauffeur nous remets sur la bonne voie, en faisant un bon détour au passage. Il nous laisse sur une aire d’Autoroute, et c’est Roman, un étudiant, qui vient terminer le travail en nous déposant directement au métro de Munich. On s’attendait à plus de difficulté, et en réalité c’est en Allemagne que l’auto-stop semble le mieux marcher. La suite nous le confirmera…
A Munich, nous sommes accueillis par Marc, un pote de Bertrand, et on décide de prendre un jour off, le timing étant plus que confortable à présent. Le jeudi est donc consacré au tourisme et à la bière, évidemment!

Vendredi 11 Février: München – Saarbrücken, 475km
C’est parti pour la dernière étape, non stop jusqu’à Paris. Ce vendredi est le jour qui marche le mieux, même si tous les trajets ne sont pas très longs. On commence par un utilitaire à la sortie de Munich, qui nous met sur les rails en nous laissant sur une aire d’autoroute. Ensuite ça s’enchaîne, avec au total 7 conducteurs dans la journée. Les autoroutes étant sans limitation de vitesse en Allemagne, on se prend à rêver d’une mercedes ou d’une BMW.

Et puis, alors que nous sommes un peu coincés sur une aire désertique, sans station service, c’est une Audi A8 qui s’arrête! Mieux que tout ce qu’on avait imaginé! Hans Jurgen est directeur d’entreprise, il a une voiture toute neuve, et il prend deux auto-stoppeurs (un peu) crasseux, châpeau! Et c’est parti pour une heure à plus de 230, la voiture ne bronche pas, on voit les kilomètres défiler, c’est le pied! Derrière on repart avec un Range Rover, puis une BMW 530 qui a peu à envier à l’Audi… Pour finalement arriver à Saarbrücken à la tombée de la nuit. La France n’est plus qu’à quelques kilomètres… Malheureusement le dernier chauffeur s’est un peu planté de route et nous a déposé du mauvais côté de la ville (après y être passé), on galère un peu pour finalement trouver une voiture qui nous ramène dans le centre. Mais il est vendredi soir, en plein centre ville, difficile de trouver une voiture pour la France. On commence donc à marcher vers la frontière, qui ne nous paraît pas très loin… erreur, il y a bien dix kilomètres, et nous voilà sur une route au milieu des bois, en pleine nuit. Au passage une voiture (de français) nous fait la super blague du »Je m’arrête à cent mètre – je vous regarde courir comme des cons – je redémarre avec un coup de klaxon », j’avoue qu’on rit un peu jaune à ce moment-là. On se fait même klaxonner plusieurs fois par des voitures de jeunes français qui sont allés faire la fête en Allemagne. Epuisés, à plus de 2heures du matin, nous arrivons à un MacDo, juste derrière la frontière. IL est encore ouvert quelque temps, et on restaure avant de continuer notre chemin. On traverse un parking, on monte un talus, on passe un grillage, et nous voila exactement sur l’autoroute au passage de la frontière. Plus aucune voiture ne passe, mais le panneau « France » nous donne un peu de courage, et la séance photo est inoubliable. Après les réjouissance, direction la station service côté Allemagne, où on pourra peut-être dormir au chaud…

Home sweet home...
Samedi 12 Février: Saarbrücken – Paris, 395km
6 heures du matin, station Total de la frontière. Alors que j’ai erré pendant la nuit, sans pouvoir vraiment dormir, Bertrand a trouvé une place propre bien au chaud… dans la douche, au sous-sol de la station! Imaginez la tête de la femme de ménage qui débarque à six heures du matin et qui voit cet énergumène couché sur son tapis de sol… On dégarpille vite fait bien fait, et on retourne se poster au passage de la douane (qui n’existe plus vraiment), mais là où il y a un parking pour s’arrêter et où les voitures doivent ralentir. Les voitures commencent à arriver… que des français, qui vont dans la bonne direction, la plupart seuls dans leur voiture… Et pourtant pas un ne s’arrête, ni même ne nous regarde. Ah si, un nous fait un doigt d’honneur! Bienvenue à la maison les patrons. Il fait moins cinq degré, nous sommes crevés, de retour au pays, on peut pas être coincés maintenant! C’est seulement après trois heures à pester contre les français que nous voyons une voiture s’arrêter: ce sont deux étudiantes qui se rendent à Metz. Parfait! On discute un peu, surtout Bertrand car je commence enfin ma nuit, puis elles nous déposent en plein centre de Metz. Après avoir pas mal galéré à trouver la direction de Paris, on se poste sur un terre plein central. Mais encore une fois le stop en France paraît le plus difficile. Je suis au bout du rouleau, Bertrand pas au top non plus, et il nous reste 300 kilomètres à faire dans l’après-midi. La situation semble sans issue, on tente d’aborder directement toutes les voitures à un feu rouge, on commence même à envisager un tgv Metz-Paris… Et puis enfin c’est Yassine, un Algérien de Reims venu faire une course à Metz, qui nous ayant vu à l’aller s’arrête au retour lorsqu’il nous voit au même endroit, deux heures après. Enfin on se dit que Paris va être gagné pour de bon… En effet Yassine non seulement nous emmène à Reims, mais fait même un détour pour nous déposer à l’entrée de l’autoroute de Paris.

L'ardoise, le pouce, le feu rouge, le sourire, tout y est!
Bref, trouver la dernière voiture fut de la rigolade, et après un petit quart d’heure, ce sont Sophie et Christophe qui s’arrêtent. Cette fois-ci c’est fait! Nous sommes fous de joie d’avoir réussi, et eux bien contents d’être les derniers contributeurs à cette belle aventure. Et c’est après avoir longtemps échangé et raconté nos exploits que nous descendons vers Bercy, pour la dernière photo… Maintenant place à la fête!

La soirée ne fait que commencer, ouais!
Encore un grand merci à tous nos conducteurs qui ont rendu cette aventure si riche. Merci quand même à tous ceux qui nous ont encouragés, aidés ou juste souri, et quant à vous chers lecteurs, la prochaine fois que vous croisez des auto-stoppeurs, je vous engage à vous arrêter, car il sont peut-être là depuis des heures, et qui sait ils ont peut-être 16 mois de voyage à vous raconter…
Vous pouvez retrouver toutes les photos de cette aventure ici.
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